Caravansérail
18 janvier, 2008
“Malheureux le pays qui n’a pas de héros!”.
Chaque libanais possède Son anecdote, Son lointain aïeul qui aurait vécu à la cours de Mohamed V, découvert l’Amérique, survécu au Titanic, chevauché avec le prophète… Ces images prêtent à sourire mais il en existe à foison, autant de fables incertaines qui contribuent à nous forger une identité collective sur quelque ancêtre rassurant, porteur de notre sang, de nos valeurs et dont l’émulation conduirait à la même gloire posthume.
Le héro de Caravansérail est Samuel Ayyad, grand-père du narrateur. Après des études dans un prestigieux collège beyrouthin, Samuel intègre les services de Sa Majesté, pour être l’intermédiaire entre les officiers de la Couronne et les roitelets soudanais, opposés aux derniers soubresauts de la révolte Mahdiste.
Le roman s’ouvre sur une simple photo, une très vieille photo. Le narrateur ne saurait dire avec exactitude où et quand elle aurait été prise, ce qui d’emblée, confère au récit un parfum d’épopées mythiques qui se chargera au fil de la lecture, de rêves orientalistes et de situations rocambolesques. Dépeint à la fois comme un 007 aux manières « so british »et un Léon l’Africain à la finesse toute arabe, Samuel guerroie d’abord, aux confins du Soudan et du Tchad sous de « grandes bannières jetées dans le vent ». Charif Majdalani, bien qu’ayant une inclinaison certaine pour le baroque, est doté d’une plume envoûtante souvent au service d’une autodérision assez comique, quand il nous décrit un désert atypique, surréaliste parfois; fait de gazelles, de lions, de miroirs, de palais en pièces détachées et de grands festins sous des cieux étoilés. On y voit des nababs, couchés sur de grandes nattes à l’ombre des acacias, suivis de leurs cortèges d’esclaves. On assiste à de grandes fantasias d’où résonnent les sabres et gicle le sang. L’Orient y est d’abord dépeint comme dans une fresque de Delacroix, violent et triomphant.
Le retour vers la terre natale fait office de périple: à chaque Odyssée, son lot de rencontres exceptionnelles! Et celle de notre héro ne déroge pas à cette règle. On y croise l’Emir Fayçal dans sa tente aux côtés de Lawrence d’Arabie, la haute société alexandrine aux accents « café de Flore », le chaotique métissage de l’Orient et l’Occident constituant l’essence de la Nahda, la liesse patriotique et contagieuse de la révolte arabe. Petit bémol toutefois : férus d’Histoire et de dates, abstenez vous! Même si le synopsis évoque les patrouilles ottomanes, la révolte arabe, l’Emir Fayçal et Lawrence d’Arabie, en vérité ils ne sont présents que pour sublimer l’odyssée de Samuel, lui conférant également la consistance historique indispensable à nos légendes modernes.
Ce livre n’est pas un grand livre, mais il a le mérite de nous transporter à travers une aventure tout à fait dépaysante. Il réveille en nous la nostalgie d’un nationalisme arabe, qui transcendait les religions, les frontières, les castes et qui nourrissait alors le dessein d’une destinée brillante.
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