Les Ventres Creux.
15 avril, 2008
De Yaoundé à Dakar en passant par Islamabad ou Mexico, un même cri. Le cri des ventres creux. Car, alors que nous devenons des obèses insensibles, abreuvés de Coca, engraissés aux McDo et gavés d’ice creams Haggen Dazs, un enfant meurt de faim toutes les quatre secondes dans le monde. Dans notre vrai monde, pas celui qui se limite à nos écrans plasma. Et je ne peux m’empêcher de lancer le chrono qui cogne dans ma tête: 1, 2, 3, 4, Un mort 5, 6, 7, 8, Deux morts, 9, 10, 11, 12, Trois morts…
Quatre secondes… le temps de manger une frite dégoulinant de graisse “low-fat” (une antithèse moderne et rassurante). Quatre secondes… Le temps de penser à cet enfant qui crève et de se dire “comme c’est triste!” Quatre secondes… le temps d’oublier qu’entre le moment où je me suis promené dans les allées glaciales du rayon surgelé et celui où je me suis délecté d’une crêpe au Nutella fraîchement achetée, léchant mes babines marrons dans un mouvement aussi frénétique que répugnant, au moins 700 enfants sont morts de faim.
Hier, en allant au boulot, j’écoutais la radio, perdu entre Skyrock, NRJ et le connard qui venait de me doubler par la droite, quand j’entendis sur France Inter, Jean Ziegler (Rapporteur à l’ONU) et J-C Rufin (que l’on ne présente plus!) s’exprimer sur la hausse des prix des denrées alimentaires. Puis au 20H de France 2, les images des émeutes à Haïti contre l’augmentation des prix du riz et les portraits de ces enfants mangeant des galettes de terres cuites nous éclaboussaient tant au visage que j’eus une soudaine envie de régurgiter mon Picard (une Moussaka, plus précisément). Puis les tronches graves (ou plutôt parées pour la circonstance) de ces grands penseurs du FMI (qui ne semblent pourtant pas avoir prévu la crise) nous annoncèrent que cette “instabilité” pourrait être de longue durée car elle n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Autant vous dire que ce bla bla intello-narcissique fut aussi pénible à digérer que ma moussaka, mais beaucoup moins que ces galettes de boues télévisuelles! Une question: Pourquoi, alors que des études prévoient que la production agricole mondiale peut largement satisfaire 12 Milliards de panses, de petits haïtiens en sont ils réduits à manger des galettes de boues? Si un état ne peut subvenir décemment aux besoins élémentaires de sa population, et que des citoyens commencent à mourir de faim, n’est-ce pas le début de la Révolution? Pas une pseudo-révolte soixante huitarde, dont on nous a bassiné pendant des mois, non! Je parle de La Révolution pour revendiquer le droit le plus essentiel de chaque individu: celui de vivre!
Les interrogations fusent alors dans mon cerveau, empâté à présent par ma glace à la crème de marron (toujours Picard!): Comment en est-on arrivé là? Et que diable faisaient toutes nos belles institutions et nos états pour se détourner ainsi de cette menace universelle? Devrais-je craindre de ne plus pouvoir un jour m’endormir repu, un filet de bave au coin des lèvres et le ventre replet à l’air, après avoir dévoré un festin? Soudain j’eus vraiment la trouille et je pris une seconde glace pour m’assurer que la première était bien réelle…mais mes papilles restaient désespérément inhibées. Il fallait que je remonte aux causes du problème pour retrouver le goût du gavage.
Avant d’aborder les causes du problème il faut en mesurer la gravité, sans pour autant le prendre comme une fatalité. Oui, l’heure est grave! Comme l’ a dévoilé le Monde, L’ONU a diffusé une note interne assez inquiétante, puisqu’elle émet l’hypothèse et je cite: “que le système d’aide alimentaire d’urgence soit incapable de faire face à la flambée mondiale du cours de la nourriture”. A moins que les onusiens essaient de redorer leur blason et de revenir au centre des conversations en jouant les Cassandres (hypothèse improbable malgré le degré d’insignifiance auquel est rendu cette noble institution), il est temps de faire des provisions. Alors plus de temps à perdre! Entassez des tonnes de biens de première nécessité (Brownies compris) avant qu’un grain de riz ne se vende aux enchères chez Christie’s! Surtout que plus loin, ledit document précise qu’il existe un risque pour que cette hausse plonge dans l’insécurité alimentaire des millions de personne en zones urbaines! Etant donné que cette note assez pessimiste ne nous laisse pas entrevoir de “happy ending”, je formule donc ce conseil qui pourrait s’avérer aussi lucratif qu’ indispensable: Tous à vos bœufs et charrues! Néanmoins, ne nous alarmons pas: tout n’est pas perdu! non ayez confiance, car l’ONU s’engage à aider les gouvernements à trouver les “bonnes réponses” à la crise! Si son action s’avère aussi efficace que sa gestion du conflit irakien, FUYEZ PENDANT QU’IL EN EST ENCORE TEMPS! Achetez un lopin de terre en Thaïlande et entamez donc la lecture de ce livre aussi intéressant que visionnaire: “La culture du riz pour les nuls”.
Pour identifier des solutions potentielles à cette crise, il convient d’en étudier les facteurs ” remédiables”. En effet, même si tout les politiques se plaisent à fustiger le rôle de la Chine et de l’Inde dans l’augmentation de la demande, on ne peut décemment empêcher les chinois et les indiens de se nourrir ou de copuler. La croissance de la demande mondiale en matière première est un facteur avec lequel il faudra désormais compter et nos démocraties occidentales feraient mieux de se mettre à vite apprivoiser tigres et dragons sans tenter de les mettre en cage! Donc cessons de souligner les faux problèmes et essayons de nous concentrer un peu plus sur les vraies causes.
Les Agro carburants. Nommez les biocarburants ou énergies vertes… ou même crime contre l’humanité, à l’instar de Jean Ziegler au micro de France inter! Quand M. Bush, guidé par je ne sais quelle illumination pseudo-écolo déclarait que les USA devraient remplacer 20% de leur essence par des agro carburants et quand M. Bush fut suivi dans cet engagement par l’UE et le G8, il lançait tout les bailleurs de fonds dans la course à l’agrobusiness. Dans certains pays en déficit alimentaire, les cultures furent destinées principalement à alimenter le portefeuille de compagnies géantes telles qu’ADM, Cargill ou Dreyfus. Certaines compagnies pétrolières ont même trouvé dans ce marché une manière de se diversifier et de revendiquer à grand coups de spot télévisuels leur conscience écologique. Je comprends mieux l’expression de crime contre l’humanité, car comment qualifier le détournement de ressources alimentaires d’un pays où la famine gronde pour les envoyer dans les BMW et autres innovations “propres” de nos chères sociétés de consommation qui se veulent toutes “eco-friendly”?? Je ris jaune ou devrais-je dire vert en la circonstance…
La spéculation. Etant donné que les marché financiers ne sont plus assez sûrs, pris de panique les hedge funds labourent les terres du food business. Boostés par la course aux énergies vertes et par leur tiroir caisse qui déborde, ces fonds convoitent les stocks de viandes, céréales, et autres denrées afin d’en faire monter les cours. Au final les tiroirs caisses continuent à gerber leur dollars tandis que la ménagère sénégalaise se lamente sur son panier, désespérément vide… Il y a vraiment quelque chose de pourri dans notre petit village mondial.
Les politiques agricoles. Surtout celles du Sud. Nous payons l’immobilisme qui a été le nôtre depuis l’indépendance et la naïveté de croire qu’un peuple pauvre et affamé pouvait consommer. Car depuis les années 60, rien a vraiment évolué et les terres arables, dont les productions furent majoritairement destinées à l’exportation, ont été largement sous-utilisées. L’accent a été mis sur le développement d’un tissu industriel autour des villes qui s’est étendu au détriment des campagnes. Les ruraux ont été irrésistiblement attirés par le ventre de ces villes-ogres, ces mirages d’opulence pour de pauvres agriculteurs ne vivant plus des minces fruits de leur récolte. Comme le clame Ken Bugul dans la pièce d’or, l’opprobre n’est pas uniquement sur les colons mais aussi sur leurs successeurs qui ont contribué à l’amoindrissement des ressources agricoles en maximisant les importations, moins chères, sans chercher à moderniser des techniques archaïques. Oui! certains états africains ont abandonné leurs agriculteurs.
Dans un premier temps, il faudra certainement subventionner les ONG ou le PAM, afin de permettre une aide alimentaire d’urgence, car je cite D S-K: “des centaines de milliers de personnes” pourraient mourir de faim. Ensuite il faut que le FMI subventionne intelligemment les états du Sud afin qu’ils exploitent leurs sols pour pallier en priorité aux déficits alimentaires de leur population avant de penser à nous autres, obèses du Nord. Il faudra également un moratoire sur les cultures de biocarburants, car favoriser les berlines nordiques au détriment de la sécurité alimentaire de milliards d’individus, je crois effectivement que c’est un crime contre l’humanité.
Après cette analyse que pourrais-je vous dire d’autre? Ah si! j’ai faim et jeûner n’améliorerait pas la situation, mes papilles s’éveillent déjà, stimulées par l’image de profiteroles qui dorment au frigo et que je vais de ce pas déglutir. Je me gaverai bien vite, en cinq secondes chrono ! Le temps de chasser ces affreuses images de gamins s’empiffrant de terre…le temps de réintégrer mon rôle d’obèse nordiste et de faire comme si rien était de ma faute.
De toute façon, les pauvres ne crèvent que sur image… Dieu, que l’Homme est laid!
17 avril, 2008 à 4:04
Ce sujet,dont tu nous parles si pertinemment, est dans les esprits de chacun d’entre nous.
Les gens meurent de faim à cause des gouvernements, à la cause de la spéculation. Il y a cependant une raison que nous nous devons de mettre en avant; Malthus a dit que la famine allait forcément avoir lieu car la croissance démographique est exponentielle alors que celle des denrées alimentaires est arithmétique. Avait-il raison???
Je te félicite pour ton blog qui est tout à ton image: merveilleusement réfléchi, drôle, satirique et surtout irrésistible!!!!
17 avril, 2008 à 4:37
Magnifique interprétation de ce que nous vivons et de ce que nous nous apprêtons à vivre!!!
Comme tu le dis si bien:”nous, ventres repus, fuyons pendant qu’il est encore temps et ne nous retournons surtout pas!!” Après tout ça n’arrive pas tout le temps qu’aux autres??
C’est un vrai plaisir que de te lire.
Esprit perspicace, continue de nous surprendre avec tes mots.
17 avril, 2008 à 5:34
Merci d’être passées et de m’avoir laissé vos commentaires.
Allia tu as raison de citer Malthus, mais je pense que c’est un drapeau rouge utilisé à tort par les politiques afin d’amener l’opinion publique à leur cause pour justifier certaines mesures controversées telles que les OGM…
Les analystes disent que notre terre peut satisfaire une population de 12 Milliards avec les techniques et ressources actuelles…
Mais la phobie malthusienne deviendra de plus en plus réelle si rien est fait pour résoudre le paradoxe que tu as énoncé.
A+
17 avril, 2008 à 9:14
Cet article nous ramène de plein fouet à une réalité que l’on occulte bien souvent qui est presque devenue horriblement banale. Comment peut on au 21ème siècle avoir un paradoxe aussi criant, des gens meurent de faim encore et toujours de plus en plus nombreux tandis que d’autres dans les pays du nord voient leur population mourir d’obésité de plus en plus souvent. Celà est même devenu le fléau numéro un à combattre aux États-Unis. On nous abreuve de théories et de théories sans que ces personnes ne se soient jamais même déplacer sur le continent africain. L’Afrique n’est pas un pays c’est un continent avec Des pays, avec Des cultures, avec Des climats et Des populations. Les théories de développement ne s’appliquent pas uniformément.Pourquoi au lieu d’injecter des fonds à des gouvernements corrompus n’ont ils pas mis en place des structures qui oeuvreraient dans le micro-crédit et permettraient aux populationx de subvenir à leurs besoins alimentaires de base.
Par exemple, le sénégal importe plus de la moitié de ces besoins céréaliers. il est un gros importateur de riz, ceci contribue à peser gros sur le deficit de la balance commercial. Alors pourquoi ne pas développer l’agriculture en modernisant l’outillage, en permettant une culture plus extensive autour du fleuve Casamance en ce qui concerne le riz. Pourquoi ne pas développer plus la culture du mil, du sorgho. Ne serait-il pas mieux d’installer des structures dans chaque coin du pays qui permettraient de developper comme je l’ai dit plus haut le micro-crédit et ainsi permettre au paysans de moderniser leur agriculture et d’avoir un developpemnt plus conséquent.
Quand on voit le coup de la guerre en Irak et les morts chaque jours il y a de quoi hurler après cette injustice. Ces milliards et milliards perdus dans une guerre qui ne fait que s’enliser,qui est basée en grande partie sur la gestion de l’or noir . Ces milliards permetraient comme l’a dit evanescenc de “stopper un des pires crimes contre l’humanité”
18 avril, 2008 à 12:35
fabuleux qu’un garcon dans ta situation puisse penser de cette maniere ,generalement les jeunes qui n’ont jamais manque de rien ne pense qu’a eux. J e suis agreablement surprise par ton texte et fiere aussi d’avoir autour de moi des gens avec un grand coeur. J’espere avoir a te lire plus d’une fois.bisous
18 avril, 2008 à 7:48
Mais Miré ne t’inquiète pas nous sommes sauvé: Sarkozy a promis de doubler l’aide alimentaire… 60 millions d’euros. Waw! Le salaire bi-mensuels de certains grands patrons
Non j’arrête les sarcasmes, il y a quand même, je l’espère, une prise de conscience.
22 avril, 2008 à 1:43
malheureusement le G8 ainsi que les organismes financiers savent ce qu’il y a à faire pour améliorer les choses. Mais pourquoi se préoccuper d’un africain qui meurt de faim car son espérance de vie sera de 40 ans et dans dix ans il tombera à 30ans. si ce n’est pas la famine qui le tuera ce sera le sida ou la guerre ou le paludisme mais j’ai envie d’opter pour les inondations. Peut étre que bientot les occidentaux pour trouver une occupation dans leur monde pathétique sortiront un jeu de societé sur ce théme. Et bien entendu une polémique naitra pour que nous pauvres abrutis croyons aux larmes de crocodiles de ces dictateurs.
Bien sur c’est mieux de nourrir des chinois ou des indiens car ils seront les maitres du monde vu leur croissance économique
La solution idéale serait des banques comme celle de muhamad yunus et que chacun aide son prochain car si nous attendons sarkozy pour ne citer que lui car je ladore nous aurons un “monde meilleur”